Syndicat d'Apiculture du Rhône et de la Région Lyonnaise

Chambre d'Agriculture - 18 rue des Monts d'Or - 69 890 La Tour de Salvagny



Insecticides néonicotinoïdes. Mais quand s’arrêtera ce scandale ?


Insecticides néonicotinoïdes.
Mais quand s’arrêtera ce scandale ?

Résultats des analyses effectuées sur des prélèvements d’abeilles et de pollen, réalisés au printemps 2014 sur des ruches placées en zone fruitière dans les Monts du Lyonnais.

Un exemple : 16,50 ng/g de Thiaclopride dans les abeilles butinant sur les fleurs de pommiers.
Elles vont mourir et ce ne sera pas la faute du varroa.

Les abeilles meurent en silence, dans l’indifférence générale.
Le massacre continue et s’amplifie, les colonies d’abeilles disparaissent avant et pendant la saison d’hivernage. Nous retrouvons les ruches vides d’abeilles, mais garnies de provisions.

La mortalité d’hivernage 2014 - 2015 a atteint des niveaux catastrophiques dans notre département, et cette tendance s’accentue d’année en année.
Des pertes de 50 à 90 % des colonies ont été enregistrées ce printemps chez de nombreux collègues.
C’est inacceptable : la « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (art. 4 de la Déclaration des droits de l’homme).

Au contact de ces produits, les mâles et les reines n’ont plus la fertilité nécessaire pour assurer la pérennité de la grappe. Nous retrouvons au printemps de nombreuses colonies orphelines, ou encore des grappes minuscules qui vont rapidement s’éteindre. Les vieilles abeilles d’hiver disparaissent prématurément avant d’être remplacées par une nouvelle génération d’ouvrières.

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Colonie effondrée. Dans la ruche, il ne reste que la reine et une vingtaine d’abeilles. La petite grappe avec la reine, finit d’agoniser sur une partie de cadre vide, à quelques centimètres de la nourriture.

Les insecticides néonicotinoïdes sont la principale cause de ces disparitions de nos colonies d’abeilles. Bien entendu, les lobbies responsables de ces massacres vont continuer à nous assurer du contraire, comme ils le font depuis une vingtaine d’années malgré les preuves de la dangerosité de ces produits, mises en évidence par de nombreuses études de chercheurs indépendants.


On continue à nous abreuver d’un discours orienté, qui date déjà d’une vingtaine d’années, et qui malheureusement est repris par certains de nos élus qui n’ont manifestement aucune compétence sur le sujet et qui suivent aveuglément la ligne préconisée par le parti.

Pour preuve : le 4 février 2015, sur les conseils de monsieur le ministre de l’Agriculture, nos sénateurs ont rejeté massivement la proposition qui concernait un moratoire sur les pesticides de la famille des néonicotinoïdes.

J’ai regardé le débat en direct à la télévision : c’était lamentable. On se retrouvait 15 ans en arrière, avec les mêmes arguments avancés par les lobbies. La cause multifactorielle de la disparition des abeilles est un argument facile. On oublie de nous dire que 80 à 90 % du problème vient des pesticides, et il ne reste que 10 % à 20 % pour toutes les autres causes (maladies, disparition des ressources, incompétence des apiculteurs ...).

Pour confirmer les études que nous avons faites avec notre syndicat depuis plusieurs années, j’ai laissé 14 ruches sur un rucher, toujours le même, placé à proximité des cultures fruitières des « Monts du Lyonnais », pendant la floraison des pêchers, cerisiers, et des pommiers afin de pouvoir effectuer les prélèvements en pollen, abeilles et nectar, nécessaires aux analyses.
Je connaissais d’avance le sort peu enviable réservé à ces colonies après ce séjour en zone fruitière …

Le mode opératoire suivant a été appliqué pour chacune des trois floraisons étudiées :

- 2 à 3 jours après le début de la floraison de l’espèce fruitière à étudier, je m’assure que les abeilles butinent massivement sur les fleurs concernées.

- Je place alors de 10 h à 16 heures, une trappe à pollen sur les 7 ruches les plus actives. À 16 H le pollen est prélevé et mis directement dans des flacons en verre.

- Vers 16 H je récupère des abeilles selon un mode opératoire établi avec le Dr Jean-Marc BONMATIN du CNRS.
Je ferme l’entrée de plusieurs ruches et je prélève les abeilles de retour des champs, non-porteuses de pelotes de pollen. Je leur écrase la tête afin que les pesticides n’aient pas le temps d’atteindre le cerveau de l’insecte, et je les dépose dans un petit récipient en verre.

- Avant 17 heures tous les échantillons sont placés dans le congélateur.

- Je prends soin de conserver un échantillon de pollen, pour vérifier au microscope, qu’il est bien constitué d’au moins 80 % de pelotes de l’origine florale concernée.


Les échantillons congelés ont été envoyés en paquet isotherme réfrigéré, au Dr BONMATIN Jean-Marc, Research scientist.
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).
Centre de Biophysique Moléculaire à Orléans.

Le Dr Bonmatin est un spécialiste mondialement reconnu pour ses travaux sur l’action des neurotoxiques chez les insectes, et en particulier chez les abeilles.
Il a fait partie d’un groupe de scientifiques, qui démontre que la disparition progressive de nombreuses espèces d’insectes est bien le fait des insecticides néonicotinoïdes.

Nous savons de plus que le pesticide initial, se décompose dans le corps de l’abeille en métabolites. Ces sous-produits sont aussi actifs que le produit de départ. Nous ne pouvons pas les retrouver à l’analyse, puisque les fabricants refusent illégalement depuis plusieurs années, de transmettre aux laboratoires publics d’analyses comme le CNRS ou l’INRA, les étalons purs de ces produits qu’ils sont les seuls à posséder. L’analyse devient impossible, et le produit qui existe certainement en quantité non avouable dans le pollen, les fruits, les graines ..., ne peut pas être détecté.

Un prélèvement de pollen transmis en 2013 à un grand laboratoire Européen, n’a pas permis de mettre en évidence la présence de néonicotinoïde, alors que l’échantillon contenait 2,29 ng/g d’acétamipride.
(Pour mémoire, 2,29 ng/g correspondent à 2,29 milliardièmes d’acétamipride par gramme de pollen)

Le laboratoire de recherche du Dr Bonmatin au CNRS est en mesure de détecter et de chiffrer avec précision les quantités de néonicotinoïdes présents dans les prélèvements.

Les résultats qui suivent sont sans appel et pourtant seul le produit initial est détecté et quantifié, et pas les métabolites qui sont pourtant présents.

IMIDACLOPRIDE (Confidor …)
0,96 ng/g dans le pollen de cerisier
0,53 ng/g dans les abeilles butinant le nectar de pommier

ACETAMIPRIDE (Suprème …)
2,87 ng/g dans le pollen de pêchers (plus qu’en 2013, rémanence dans les sols ?)
1,62 ng/g dans le pollen de cerisier
Entre 0,2 et 0,5 ng/g dans les abeilles butinant le nectar de pêchers, cerisiers, pommiers

THIACLOPRIDE (Calypso …)
2,76 ng/g dans le pollen de pommiers
16,50 ng/g dans les abeilles butinant le nectar de pommiers (quantité inimaginable …)
Entre 0,2 et 0,5 ng/g dans le pollen et les abeilles sur cerisiers

La plus grande partie de ces polluants n’est pas arrivée par l’extérieur de la fleur, mais avec la sève de l’arbre. Que le traitement soit fait avant ou pendant la floraison ne change pas fondamentalement le problème, sauf bien entendu si l’abeille se trouve prise dans le nuage de pulvérisation. Ces produits ont une rémanence moyenne d’environ une demi-vie en 9 mois. Il n’est donc pas difficile d’imaginer les quantités de polluants que contiendra le fruit au moment de sa consommation, suite à l’utilisation de ces pesticides dits systémiques, car véhiculés par la sève.

Avec de telles quantités de néonicotinoïdes, nos protégées n’ont aucune chance de survivre.
Ces produits agissent au niveau des abeilles, sur la navigation individuelle, l’apprentissage, la collecte de nourriture, la longévité, la résistance aux maladies ... avec en plus une baisse de la fécondité des reines et une augmentation des accouplements stériles.
Ceci explique bien les mortalités catastrophiques de colonies que nous subissons depuis une vingtaine d’années.

Et si nous abordions les autres causes citées dans cette hécatombe puisque l’on nous dit que le problème est surtout multifactoriel.
- Noséma : nous avons vérifié au microscope le contenu des intestins de ces abeilles mortes. Il n’y a pas de trace de spore de noséma dans les prélèvements effectués.
- Varroas : on ne peut que constater que les colonies qui s’effondrent n’ont que peu de varroas. Est-ce l’impact des néonicotinoïdes ou une carence dans la ponte de la mère ?
- Virus : nous n’avons pas observé de présence d’abeilles aux ailes déformées ou de "maladie noire".
- Disparition des ressources : c’est exactement la même végétation sur ce lieu de butinage depuis 40 ans. Jusqu’aux années 2000, ces lieux étaient un Eldorado apicole, malgré les traitements utilisés à l’époque. Les temps ont bien changé depuis l’utilisation de ces insecticides systémiques.
- Frelon asiatique : il n’est pas encore arrivé dans cette zone.
- Incompétence de l’apiculteur : ce n’est évidemment pas aux lobbies impliqués dans ce massacre de porter un jugement.

Pour information, les 14 ruches laissées en zone fruitière pour faire les prélèvements 2014, ont toutes disparu en cours de saison ou n’ont pas passé l’hiver. Cela ne paraît pas aberrant vu les résultats des analyses. Le même scénario s’était déjà produit en 2013.

Comme pour mes collègues, mon cheptel se réduit d’année en année et je me demande maintenant comment le reconstituer. Cela exige un travail et un investissement important, avec le risque de ne rien retrouver l’année suivante. C’est démoralisant. J’ai l’impression que la plupart de nos décideurs ne se sentent pas concernés.

La seule solution évidente pour éviter le désastre complet et la disparition des abeilles et des apiculteurs, est l’interdiction immédiate de l’utilisation de ces insecticides néonicotinoïdes.

Jacques FRENEY
Syndicat d’apiculture du Rhône

NB : Cette étude a été réalisée sans aucune subvention.
La participation au coût des analyses a été prise en charge par le "Syndicat d’Apiculture du Rhône".

FRENEY Jacques - 10 septembre 2015

Réalisé par Cuperteam