Syndicat d'Apiculture du Rhône et de la Région Lyonnaise

Chambre d'Agriculture - 18 rue des Monts d'Or - 69 890 La Tour de Salvagny



Le porteuses d’eau

« BOISSONS CHAUDES » POUR ABEILLES

Dans certains pays de l’Europe Centrale il y a une tradition ancienne, celle de pratiquer l’apiculture dans des roulottes aménagées pour les colonies. À l’occasion d’un de mes voyages dans ces pays, j’ai eu la chance d’assister à une des réunions organisées par l’association des « roulottiers ». Celle-ci s’est révélée forte intéressante pour un amateur curieux comme moi. Elle pourrait l’être autant pour de nombreux apiculteurs amateurs ou professionnels en France comme ailleurs.

L’intervenant du jour était un jeune apiculteur 45 ans, sans formation spécifique scientifique, mais avec un savoir-faire apicole reconnu. Cette fois-ci encore, du haut de ses 15 ans d’expériences de « roulottier » et de ses trois ruchers mobiles abritant quelque 180 colonies, il a fait la démonstration de ses connaissances acquises sur le terrain.
Pour illustrer le bien-fondé de cette renommée, je me propose de rapporter à présent, seulement un détail de son intervention. Celui-ci parait significatif : Pourquoi et comment assurer "les boissons chaudes" à la sortie de l’hiver à ces colonies logées en roulotte ?

Les courageuses porteuses d’eau

Nous savons que la colonie a besoin de beaucoup d’eau pour préparer la "soupe" destinée à alimenter l’élevage. Nous savons aussi, qu’à la fin de l’hiver, en février-mars, les journées sont souvent froides à la limite du possible pour un vol d’abeilles. Les nombreuses porteuses d’eau sortent quand même courageusement, car les besoins d’eau sont pressants, l’élevage étant en pleine expansion.

Cependant, dehors, l’eau se trouve naturellement dans de nombreux creux, au ras du sol encore bien froid par rapport à la température de l’air. Il arrive fréquemment que cette eau, plus que fraîche, aspirée par les abeilles, refroidisse leur corps à tel point, qu’elles sont incapables de reprendre leur envol. Elles tombent alors engourdies par le froid dans l’eau, ou alors, au cours du vol de retour.
Naturellement, la colonie cherche à les remplacer, car ses besoins l’y obligent ! Mais cet effort sera peu efficace et lourd de conséquences. En effet, parmi les nouvelles recrues, nombreuses subiront le même sort. Celles qui échappent à cette tragédie doivent d’abord réchauffer l’eau aspirée, ensuite la transporter à la ruche, d’où nécessité d’énergie avec pour conséquences, fatigue et vieillissement prématuré...

La soif, comme la famine et le manque de soins s’accentue alors par le non-retour de ces nombreuses porteuses d’eau. La colonie se retrouvera de plus en plus affaiblie en nombre, dans un état périlleux, et précaire... et cela même dans une roulotte bien isolée. Imaginez alors la situation de celles moins bien logées. Elle est encore plus dangereuse par le fait que les abeilles pataugent dans leurs propres « ordures ménagères » accumulées sur le fond de la ruche.
En effet, l’eau de condensation sera absorbée par ces retombées, créant ainsi une fermentation et donc la formation de moisissures jusque sur les cadres. La colonie risque alors de contracter et de développer de nombreuses infections et maladies. Au mieux, elle sera sérieusement retardée dans son développement.

Ces phénomènes se produisent dans des colonies logées dans des ruches dont l’isolation thermique est renforcée, et d’autant plus dans le cas des colonies logées dans des roulottes bien isolées, et quelquefois même chauffées.
À noter, cependant que pour ces apiculteurs hongrois « roulottiers » le développement précoce des colonies est très important. Leur but est de les amener au mieux de leurs capacités de récolte pour les floraisons des acacias. Alors que faire pour éviter ces inconvénients.

Dans la pratique

Selon les traditions locales, on aménage à la proximité du rucher un abreuvoir chauffé. Il s’agit d’une sorte de tunnel électrique à rayons infrarouges. Celui-ci fonctionne très bien, mais, en général, le courant électrique se trouve à distance du rucher. Cela était le cas du conférencier. Son exposé a été consacré en grande partie à cette question : comment assurer l’alimentation en eau tiédie des colonies logées dans les roulottes.

Abreuvoir chauffé

À remarquer que les parois de ses ruchers mobiles sont soigneusement isolées. Elles sont composées par 5 cm de polystyrène expansé entre deux revêtements, tôle à l’extérieur, bois à l’intérieur. Grâce à cette disposition efficace, le petit couloir central peut se chauffer facilement par un convecteur branché sur une bouteille de gaz. Le climat douillet, incitera alors ces colonies à démarrer tôt et à maintenir l’élevage ininterrompu, quelles que soient . Faut-il encore s’assurer que toutes les exigences nécessaires au développement (température, nectar, pollen, eau...) soient présentes au logis !

Nous savons, que la présence d’un élevage important implique une consommation d’eau considérable et cela de façon permanente. Ce phénomène est accentué par le confort thermique dont profite la colonie logée dans la roulotte isolée et chauffée. Dans ces conditions il est possible d’aménager un système d’abreuvoir interne sur chaque ruche, puisque le dos de celle-ci donne sur le couloir central.

Dans le cas présent :

- a.) Il s’agit des bouteilles de 1 litre et 1/2 dont le système de siphon se prolonge jusqu’à l’intérieur de la ruche.

- b.) L’eau utilisée est préalablement tiédie jusqu’à environ 30 à 35 C°. Comme le couloir central est chauffé à 24 à 25 C°, elle ne va que très peu se refroidir.

Ce système présente de nombreux avantages :

- 1. Dans la roulotte on peut intervenir jour et nuit, quel que soit le temps. En réalité le niveau d’eau des bouteilles baisse la nuit comme le jour. Cela signifie que la préparation de la bouillie nourricière continue la nuit. Serait-ce une preuve aussi du nourrissage nocturne ? Alors que ce n’est sûrement pas le cas lorsque l’alimentation est préparée à partir de l’eau en provenance de l’extérieur. Les porteuses d’eau ne sortent pas la nuit, ni par mauvais temps.
Dans ce dernier cas, il n’y a peut être même pas du tout de nourrissage durant des jours, et encore moins la nuit. Alors que, dans le cas d’alimentation interne, les porteuses d’eau peuvent rester à la maison, et s’affecter à bien d’autres taches, comme participer au nourrissage, chauffer, soigner et développer l’élevage...

- 2. Dans le couloir central, la consommation d’eau journalière est alors parfaitement observable. Elle est faible au début de février mais à mesure que la saison avance elle devient de plus en plus importante. Qui dit, colonie forte, dit aussi, consommation d’eau forte. D’ailleurs on peut parfaitement dresser un diagramme très précis et significatif de l’évolution de la consommation d’eau et cela ruche par ruche. Il se trouve que selon l’avancement de la saison elle dépasse le litre, et parfois 1 litre et 1/2 d’eau par jour et par colonie.
Imaginons maintenant, combien de sorties d’abeilles cela représente, rien que pour une journée et les risques pris par les porteuses d’eau en sortant par temps froid ?

- 3. Par ailleurs, il est ainsi facile à repérer des colonies dynamiques fortes comme les fainéantes, ou retardataires et cela à partir de leur consommation d’eau. Avec de l’expérience il est aussi possible de repérer les colonies à problèmes, comme les colonies orphelines.

- 4. Au besoin, et par le même système, on peut aussi opérer un nourrissage stimulant, voire administrer un médicament.

En conclusion

Assurer la fourniture d’eau préchauffée pour des colonies, implique naturellement un certain travail et de la surveillance. Selon l’affirmation du conférencier, ce travail est judicieux et rentable, si les roulottes ne sont pas trop éloignées du domicile.
Par chance, le besoin de stationnement des roulottes est très réduit, (15 à 20 m2 pour 60 colonies) par rapport à celui des ruches placées de façon traditionnelle. Il est donc plus facile de trouver un emplacement pour ces roulottes près de son domicile.

En tout cas, par ces interventions intenses et précoces on peut protéger la santé des abeilles, ce qui n’est pas rien ! Mais on peut aussi mener ces colonies au sommet de leur développement pour la période des transhumances sur les acacias.

Les apiculteurs de ces pays sont très individualistes. Ils possèdent des types de ruches divers et variés. Cette diversité se retrouve dans les aménagements des roulottes également. Nécessité oblige, ils se débrouillent comme ils peuvent et ils profitent des opportunités comme leurs abeilles.

Rapporté par Joseph Bencsik
23 bd des Castors
69005 Lyon
E-mail :joseph.bencsik@free.fr

BENCSIK Joseph - 8 mars 2007

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