Syndicat d'Apiculture du Rhône et de la Région Lyonnaise

Chambre d'Agriculture - 18 rue des Monts d'Or - 69 890 La Tour de Salvagny



Questions à Mr le Député Martial SADDIER et réponses de l’auteur du rapport

UNAF - SNA - FNOSAD : les trois structures nationales représentatives de l’Apiculture Française parlaient d’une seule voix

Monsieur le Député Martial SADDIER pendant son intervention

17e CONGRÈS NATIONAL DE L’APICULTURE FRANÇAISE

Villefranche-sur-Saône, samedi 25 octobre 2008

Présentation du rapport de la mission sur l’apiculture française par Monsieur le Député Martial SADDIER

Transcription intégrale de l’intervention de Monsieur Martial SADDIER, des questions des apiculteurs, et des réponses de Monsieur le Député.

2ème Partie : Questions à Monsieur Martial SADDIER et réponses de Mr le Député

************************************************************************************************

Henri CLÉMENT, Président de l’Union Nationale de l’Apiculture Française - UNAF

Merci, Monsieur le Député. Je vous remercie pour les éclairages que vous avez apportés à votre rapport. Soyez persuadé qu’à mes côtés Monsieur BARBANÇON, Président de la FNOSAD, Madame LORTSCH Présidente du SNA, participeront avec énergie et le plus grand dynamisme au comité de pilotage que vous allez mettre en place.

Vous avez indiqué que la France devait devenir la sentinelle de l’Europe en matière de protection de l’abeille… Elle l’a été : elle l’a été quand elle a retiré le Gaucho sur le tournesol et sur le maïs ; elle l’a été sur le Régent ; elle ne l’est plus depuis qu’elle a autorisé le Cruiser.

Aujourd’hui, ce relais a été pris par nos voisins européens. L’Italie vient de retirer le Thiamethoxam, le Fipronil, la Clothianidine, l’Imidaclopride. La Slovénie l’a fait également. Les Allemands ont pris des mesures… et je souhaite vivement que la France, effectivement, redevienne le leader qu’elle a été puisqu’au niveau non seulement européen mais mondial, nous étions observés comme des précurseurs en matière d’homologation.

Vous avez parlé de l’échelle européenne et vous avez raison : aujourd’hui le CAD (Comité d’Aide au Développement) est européen. Hier, nous avions une conférence prononcée par Étienne BRUNEAU, Président du COPA COGEMA. Je souhaite que vous le rencontriez. Quand on voit les failles en matière d’homologation de produits phytosanitaires, à l’échelle de l’Europe, on a de quoi être inquiets non seulement pour aujourd’hui, mais pour demain, pour les abeilles et les insectes pollinisateurs. Donc, aidez-nous à travailler à ce niveau, parce que nous en avons besoin effectivement.

Je vais donner la parole à Madame LORTSCH, Présidente du SNA, à Monsieur BARBANÇON, Président de la FNOSAD, et puis nous aurons un quart d’heure de questions si vous le voulez bien.

Madame LORTSCH, Présidente du SNA

Monsieur le Député, merci pour ces éclairages. En effet, il est important pour nous de rappeler que ce n’est pas la quantité de ruches qui fait un bon apiculteur : mais un bon apiculteur peut avoir peu de ruches… aussi je voudrais rappeler que la France est regardée par le monde entier pour sa grande biodiversité. La France est un pays qui est tellement bien situé, qui se retrouve avec des territoires qui ont chacun une particularité, avec des mers qui nous contournent. Je crois que nous avons ici l’exemple même de ce qu’est la biodiversité, et il nous paraît important que l’apiculture en France prenne aussi cet essor, parce qu’il est important que la France reprenne sa première place dans l’apiculture.

Je crois que c’est devenu grave aujourd’hui. Nous sommes regardés par le monde entier. On nous observe et on voudrait voir que cela avance. Merci

Monsieur BARBANCON, Président de la FNOSAD

Monsieur le Député, j’ai déjà eu l’occasion, lors de la remise de votre rapport, de vous féliciter et de vous remercier pour ce rapport, qui est un texte qui montre une grande ouverture, il faut quand même le dire. Vous avez placé ce rapport sous le signe de la discussion. C’est une bonne chose et le Président Clément vous a bien dit que nous étions prêts à participer à ce travail de constitution d’une filière qui n’existe pas vraiment dans notre pays.

Filière : derrière il y a une idée de prospérité qui se dégage. Vous savez comme moi que la prospérité c’est une question d’ambiance, d’état d’esprit. C’est vrai dans une ruche ; c’est vrai dans une population d’humains. Et pour avoir cette prospérité chez les apiculteurs, je crois qu’il est bon de faire très très attention au mental des gens.

Hier, nous avons eu le témoignage d’un apiculteur Italien, représentant d’une structure Italienne, qui nous a dit textuellement à la tribune – et c’était un cri du cœur, quelque chose d’assez émouvant – “depuis tout ce qui se passe avec les abeilles, nous ne sommes plus heureux de faire notre métier”.

Et c’est quelque chose que je trouve extrêmement grave. C’est gravissime cet état de choses. Et alors, je voudrais en profiter pour vous donner un petit conseil, mais qui se veut très sympathique, je le précise, ce n’est pas une attaque. Ne le prenez surtout pas comme cela.

Vous avez affaire devant vous à un auditoire qui subit des dégâts dans son cheptel depuis un certain nombre d’années… Qui subit peut-être aussi des dégâts de neurotoxiques, on n’en sait rien… Mais en tout cas on a des apiculteurs qui ont des nerfs à fleurs de peau, et quand vous leur dites par exemple “du couvain au pot de miel”, vous les choquez. Parce que pour tout apiculteur, avant d’avoir le pot de miel, il faut passer par la fleur. Et ces fleurs, il peut en manquer et je pense qu’il y aura certainement des questions qui vont revenir là-dessus. Mais ces fleurs peuvent être porteuses de contaminants, cela vous l’avez prévu bien entendu… mais évitez de dire “du couvain au pot de miel” ou “de la reine au pot de miel”. Il y a une étape indispensable, c’est la fleur. C’est tout ce que je voulais dire.

Henri CLÉMENT, Président de l’Union Nationale de l’Apiculture Française – UNAF

Est-ce qu’il y a des questions dans la salle ?

Alain LAPERROUSAZ, Apiculteur professionnel

Oui, merci Monsieur le Président. Monsieur le Député, comme vous l’avez signalé dans votre rapport, la disparition des abeilles est concomitante entre autres, à la disparition des fleurs et de la biodiversité en général. Cette disparition des ressources nectarifères et pollinifères, c’est non seulement la disparition de l’alimentation de l’entomofaune, mais c’est aussi la disparition de leur boîte à pharmacie. Et ceci, au moment même où le dernier prix Nobel de médecine, le professeur MONTAGNIER, conseille aux hommes de revenir à la phytothérapie… C’est dire toute l’importance des fleurs et de la biodiversité. Or les pratiques agricoles mises en place ces dernières années, avec les fauches précoces, ont fait disparaître les prairies multiflorales au profit des seules graminées. Et ce n’est pas un hasard si la disparition des colonies est aussi importante dans les zones laitières que partout ailleurs en France. Je ne suis pas dans une zone où les pesticides sont particulièrement utilisés, mais c’est une véritable catastrophe dans nos ruchers. Vous n’ignorez pas, Monsieur le Député, que c’est la diversité des fourrages qui fait la diversité des fromages. Toute la communication des fromages en A.O.C. fait référence aux fleurs. Or celles-ci ont totalement disparu des prairies, à tel point que la répression des fraudes est intervenue pour mettre un terme à cette référence aux fleurs dans la communication des fromages en A.O.C.

Ma question est simple, Monsieur le Député. La filière apicole est engagée et pour longtemps, dans une stratégie de survie de cheptel. Même si les bonnes décisions sont prises, il faudra un temps de réponse. Alors comment allez-vous convaincre les différents Présidents des chambres d’Agriculture, de la nécessité d’un retour rapide à des pratiques agricoles qui soient respectueuses de l’environnement, qui soient respectueuses du consommateur, qui soient respectueuses de l’abeille ? Je vous remercie Monsieur le Député.

Martial SADDIER, Député de Haute-Savoie

Président CLÉMENT, je pense que sur l’aspect des produits phytosanitaires, encore une fois, le rapport était un rapport généraliste. Je sais que les apiculteurs sont frustrés de ne pas avoir lu, tel ou tel produit commercial… d’abord je n’en avais pas le droit, et deuxièmement ce n’était pas l’objet de la mission. Cela est l’objet d’une autre mission, je sais, sujet sur lequel on discute, et sur lequel les discussions sont âpres avec le Ministère de l’Agriculture. Ma mission – et là je pense que je peux être utile à la profession – c’est que, si derrière le rapport SADDIER, et derrière le comité de pilotage, on obtient dans un délai que je souhaite le plus court possible – sur lequel je ne m’engage pas – que les quatre points précis que j’ai cités deviennent un critère d’homologation de toute nouvelle matière active en Europe, franchement on aura fait un sacré travail ensemble.

Je rappelle aussi que dans le Grenelle de l’Environnement, on a voté un objectif de disparition de la moitié des matières actives homologuées aujourd’hui. Notamment, toutes les vieilles cochonneries que l’on connaît, ont maintenant un délai de disparition dans notre pays. On peut toujours faire plus, je suis d’accord, mais en tout cas sur ce point précis, c’est écrit noir sur blanc sur le rapport. Ce sera la ligne de conduite du comité de pilotage.

Madame la Présidente, je ne peux qu’abonder dans ce que vous avez dit, sur l’aspect, j’ai cru comprendre, de la biodiversité et de la représentativité. Je sais que c’est un sujet délicat. Je crois que le rapport est très clair. D’abord, je propose que l’on mette un peu d’ordre dans tous les seuils. Franchement, seuil fiscal à 10, seuil M.S.A. à 32, seuil européen des aides à 75… un seuil de reconnaissance à 150 au niveau européen… et un seuil de 400 pour la France ! C’est un truc de fous. Il faut que l’on essaye d’harmoniser.

Là aussi, la France peut être force de proposition. Cela vous simplifierait la vie. Et très franchement, la fourchette que j’ai proposée répond parfaitement aux inquiétudes légitimes qui voudraient que l’on n’exclût pas qui que ce soit dans la forme d’organisation de la filière. Simplement je me permets de dire, aux uns qui auraient 5000 ruches : ce n’est pas parce que l’on a 5000 ruches que l’on doit décider tout seul ; et peut-être d’expliquer à d’autres que lorsqu’on a deux ruches dans son jardin, il faut peut-être accepter qu’il y ait des gens qui en ont beaucoup plus. Voilà. Dès que l’on a dit cela, entre les deux extrêmes, les gens raisonnables devraient s’y retrouver. Je suis assez confiant, mais ce n’est peut-être pas le plus urgent. Peut-être qu’avec la maturité et les discussions nous arriverons à trouver un accord.

Monsieur le Président BARBANÇON… Sur l’aspect du sentiment, je me permets très amicalement de vous rappeler que j’ai accepté la mission, et qu’il y en a d’autres qui l’ont refusée avant moi. Je le dis quand même. Et qu’après avoir fait ma mission depuis six ans sur l’agriculture biologique, on m’a dit : “tu t’en es sorti pas trop mal avec l’agriculture biologique, mais cette fois avec les apiculteurs, ta carrière est terminée. C’est tellement compliqué que tu ne t’en sortiras pas”.

Sur la filière, quand je dis, l’expression “ du couvain au pot de miel”, je suis d’accord avec ce que vous dites. Simplement une filière animale de l’abeille, en terme de visibilité, c’est bien “du couvain au pot de miel”. Je pense que j’ai suffisamment parlé des fleurs, et de ce qu’il pouvait y avoir sur les fleurs. Simplement, je souhaiterais que tous, autour de ce comité de pilotage, puisse identifier une filière apicole animale qui nous permette, ensemble, de mettre tous les acteurs autour de la table… et que l’on puisse identifier, point par point, ce qui va et ce qui ne va pas.

Dans mon propos, il ne s’agit pas d’exclure la fleur… je pense que j’ai suffisamment appuyé là où cela faisait mal : sur les produits phytosanitaires, sur la biodiversité. Simplement je voudrais attirer votre attention, sur le fait que pour les vaches, du veau jusqu’au pot de lait, il y a une filière. Et que cette filière, puisqu’elle existe, puisqu’elle est structurée, puisqu’elle est forte, cela lui permet d’aller au-devant des pouvoirs publics, de revendiquer et d’obtenir. C’est le rêve que je fais pour l’abeille. Sur la forme, je suis d’accord avec vous. Mais n’y voyez aucun mauvais esprit, ni aucun côté péjoratif de ma part, lorsque je parle “du couvain au pot de miel”. Cela dit, je ne le dirai plus. Promis. Comme cela l’affaire sera réglée.

Sur la disparition des fleurs et de la biodiversité : Je vais répondre à l’apiculteur professionnel, d’autant plus qu’il est de mon département. Je pense et je l’ai dit dans le rapport, ce n’est pas la cause principale de mortalité mais il y a clairement des moments où le cycle de l’abeille est perturbé. Je vais vous prendre l’exemple de la lavande, qui m’a été signalé par les apiculteurs du sud-est. Entre la récolte manuelle de la lavande, et la récolte mécanique, la vie des abeilles a changé. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas de problèmes avec les produits phytosanitaires. Il s’agit de dire que l’introduction de la récolte mécanique de la lavande, fait que pour l’abeille, en l’espace de dix à quinze jours, sur une grande région, tout disparaît. Si cela est suivi par un mois de très forte chaleur, et d’absence de pluviométrie, les nouvelles graines ne vont pas germer, et cela ne va pas recréer la ressource protéique. Vous avez dans le cycle de la ruche, à un moment donné, une coupure de l’alimentation, qui se traduit par une interruption de la ponte et un affaiblissement de la colonie. Oui, il semblerait que dans certains cas précis, il y ait un problème sur la biodiversité et la ressource protéique.

Sur la dernière question : D’abord, les chambres d’agriculture ne sont pas toutes mauvaises. La preuve, moi j’en sors. Et deuxièmement, le comité de pilotage va servir à cela. On va demander à l’APCA (Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture), et je l’ai proposé aux ministres, que l’APCA soit autour de la table. Ce qui veut dire pour vous – ce qui n’est pas forcément possible aujourd’hui – qu’avec une force de proposition du comité de pilotage, vos représentants pourront dire aux représentants de l’APCA : "voilà ce que l’on souhaite que les chambres d’agriculture préconisent ou ne préconisent pas, en ce qui concerne un certain nombre de problèmes". Donc c’est très important que l’on puisse se mettre tous autour de la table rapidement.

Maurice MARY, apiculteur professionnel dans l’Indre et l’un des vice-présidents de l’UNAF

Je voudrais vous remercier pour votre rapport, mais surtout, pour l’exposé qui nous a éclairé. Je reprends de l’optimisme. Dans votre rapport, il est question sans arrêt de trouver les causes de la surmortalité des abeilles, et d’y apporter des remèdes. Je vous en remercie beaucoup au nom de mes collègues. C’est notre souci principal bien entendu. Pour apporter un autre éclairage d’homme de terrain, je voudrais remonter un petit peu en arrière très rapidement. Vous dire que jusqu’en 1994, la France avait un cheptel qui était plutôt en augmentation. À ce moment-là, on avait des ressources mellifères importantes, intéressantes – en particulier sur le tournesol – qui nous permettaient d’être exportateurs de miel. Nous produisions en France l’équivalent de la consommation : autour de 40 000 tonnes. Nous exportions encore un contingent.

Et puis est arrivée l’année 1994 qui a été l’amorce d’un mouvement dramatique pour les apiculteurs. En 1994, dans notre zone du centre – l’Indre et le Cher – ont eu lieu les premiers semis de tournesol traités Gaucho, donc avec cette substance neurotoxique systémique. Qu’est-ce qui s’est passé pour nous sur le terrain – car nous étions en première ligne ? Un tiers de nos ruchers environ se sont retrouvés dans cet environnement. Nous avons vu des populations dépérir. Nous avons vu qu’il n’y avait pas de récolte. Ces ruches étaient condamnées pour l’hiver par affaiblissement. Nous avons fait une enquête auprès des agriculteurs qui environnaient ces ruchers. Nous avons obtenu la réponse suivante : “C’est la première année. On nous a dit : vous semez cela et vous serez tranquilles”. C’était le tournesol Gaucho. J’ai fait remonter immédiatement au Service de la Protection des Végétaux cette constatation de la surmortalité des abeilles, qui a perduré jusqu’à maintenant. Actuellement, où en sommes-nous ? Nous avons un cheptel équivalent à 60 % de celui de l’époque. Il serait à zéro si les apiculteurs ne s’étaient pas épuisés à refaire du cheptel pour compenser les pertes. La production de miel est tombée dans le même temps de 40 000 tonnes à 20 000 tonnes

Bernard MANONVILLER - Rucher des ALLOBROGES

Je voudrais vous remercier d’avoir pris ce rapport très difficile de l’apiculture. Ce rapport a permis de faire un électrochoc dans l’apiculture. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais entre hier matin et aujourd’hui, on peut voir trois instances apicoles, l’UNAF, le SNA, la FNOSAD, être ensemble à la tribune et d’avoir le courage de parler sans trop d’a priori. Ce n’est pas souvent que cela s’est fait. Je vous remercie déjà pour cela. Monsieur le Député, je vous ai vu en Savoie, et j’ai cherché vainement dans le rapport une mention du “Rucher des Allobroges”, qui représente 1900 apiculteurs. Cela m’a finalement un peu interpellé quelque part. Si on a pu faire tout ce travail, c’est qu’il y a eu des quantités de bénévoles, des petits producteurs qui permettent à l’abeille de survivre.../... Je n’ai pas réussi à trouver des réponses pour ces petits producteurs. J’ai eu du mal à leur trouver une place. J’aimerais que vous nous éclaireriez un peu sur ce sujet parce que vous vous rappelez des paroles que vous m’aviez dites en son temps : “Les petits producteurs, on ne vous oubliera pas ; on va penser à vous”. Et j’ai eu du mal à retrouver cette pensée. Si vous pouviez m’aider.

Richard LEGRAND, Président de l’Abeille Périgourdine

Je voudrais vous remercier pour le travail effectué et pour la prise en compte du frelon asiatique. En effet, il représente 10 % de votre rapport. Cependant, j’aimerais d’abord vous rappeler que Vespa velutina n’a qu’un impact très limité dans le temps, puisqu’il est identifié depuis deux ans, et dans l’espace, puisque c’est le grand sud-ouest, et plus particulièrement l’Aquitaine, qui est dramatiquement touchée. Il ne saurait expliquer la totalité, comme vous venez de le préciser quand même aujourd’hui, des problèmes rencontrés par l’apiculture, que l’on identifie plutôt liés aux pesticides, et probablement bientôt aux OGM. 

Cependant dans le cas du frelon asiatique, il est apparu que l’État était particulièrement absent et relativement inefficace jusqu’à aujourd’hui. Il a fallu dix-huit mois pour qu’il commence à entamer une action. Cette action est très différente selon les départements. Chaque préfecture, chaque département, réagit de façon différente. Il serait souhaitable – louable – qu’il y ait enfin, un plan d’action national pour lutter contre ce nouveau prédateur. Enfin, comme cela a mis en évidence une certaine inefficacité, je suis très inquiet en cas d’une nouvelle introduction… par exemple, Aethina tumida, qui menace notre pays. Voici ma question : comment organiser une défense sanitaire efficace, pour les années à venir, afin de protéger nos ruchers ?

VUILLOUD Patrick, Président du Syndicat d’Apiculture de Haute-Savoie

Monsieur le Député. Comme nous avons eu beaucoup d’occasions de nous rencontrer, je veux vous faire part d’une anecdote. À midi, j’ai déjeuné en face d’un apiculteur qui a commencé sa carrière à quatorze ans, il a 85 ans actuellement. Il est passé par toutes les étapes de l’apiculture. Il nous a dit que ce n’est pas le nombre de ruches qui détermine l’apiculteur. Autrement dit, pour moi et pour l’ensemble des petits apiculteurs qui composent nos syndicats – bien sûr il y a aussi les pluriactifs et les professionnels, dont il faut tenir compte – pour moi l’apiculture commence à une ruche. Nous avons aussi posé la question suivante : que pensez-vous de l’avenir de l’apiculture en France ?. Ce Monsieur nous a répondu : "Si on continue dans ce sens-là, l’apiculture est perdue".

Martial SADDIER, Député de Haute-Savoie

Ce n’était pas vraiment une question, mais merci pour votre témoignage. Concernant les OGM, je pense que ma position personnelle est claire et transparente vis-à-vis de tout le monde. Je ne peux pas être en charge de l’agriculture biologique dans ce pays – très modestement – et d’essayer de vous aider à faire avancer la problématique de l’abeille, pour ne pas avoir des positions claires sur ce sujet. C’est pour cela que j’ai identifié très clairement ce qui me semble être des préoccupations légitimes de votre part. À la question "est-ce que vous pouvez compter sur moi"… À mon modeste niveau, avec le pouvoir qui est le mien, je vous confirme que vous pouvez compter sur moi. C’est un sujet qui ne sera pas éludé au comité de pilotage que je préside. Et au-delà de la haute autorité qui donne effectivement un avis, c’est le ministre qui décide. Le ministre a accepté de mettre un comité de pilotage, et il faudra qu’il accepte que le comité de pilotage lui donne aussi un avis. Je me battrai à vos côtés - je ne sais pas ce que l’on obtiendra - pour que l’irréparable ne soit pas commis sur ce sujet.

Quelqu’un a dit : ce rapport est un électrochoc. C’est exactement cela. Le rapport ne résoudra rien. Cependant lorsqu’un premier ministre nomme un parlementaire en mission, c’est qu’il y a clairement un problème important sur un sujet particulier, puisqu’il est identifié au plus haut niveau de la République. Il nomme quelqu’un d’extérieur, qui souvent est choisi parce que justement il vient de l’extérieur, et qu’il a un regard un peu neuf, et il lui demande d’essayer de faire une synthèse. C’est cela le rapport. Il n’est pas parfait. J’en suis bien conscient. Mais simplement, c’est un électrochoc, qui a le mérite d’exister. Après, la filière – en passant par les fleurs – doit être capable de s’en saisir et de rebondir, de se dire "il s’est passé telle chose dans le passé - on ne va pas tout effacer". On est arrivé à un tel stade qu’il faut maintenant, non pas faire table rase du passé, mais essayer – au moins sur quatre ou cinq sujets, qui sont consensuels entre vous – de se mettre autour de la table pour obliger les gouvernants à prendre telles ou telles décisions. C’est cela l’électrochoc du rapport. Si nous ne sommes pas capables de faire cela, le rapport n’aura servi à rien. Si vous êtes capables de faire cela, vous aurez transformé l’essai du rapport. Alors oui, c’est un électrochoc.

Sur les petits producteurs… vous m’avez dit "nous n’avons pas vu dans le rapport les petits producteurs", mais vous n’avez pas vu non plus qu’il fallait supprimer les petits producteurs. Je ne pense pas l’avoir écrit, et je ne pense pas l’avoir dit, puisque j’ai dit en parlant de l’harmonisation des seuils qu’il fallait trouver un équilibre dans la représentativité… ce qui mettra probablement le plus de temps parce que je sais que c’est délicat. Je proposerai au comité de pilotage de commencer par le projet, et à la fin, la représentativité on la trouvera. Ce sera équilibré, et il n’est pas question, je ne l’ai jamais dit, je ne l’ai jamais écrit, de faire disparaître les petits producteurs. Il faut que chacun y mette un peu du sien.

Sur le frelon asiatique… il y a des gens dans le pays, je vous le dis, qui colportent que le frelon asiatique fait partie de la biodiversité. Je vous le dis – et vous le savez puisque vous êtes au coeur du système – j’ai quand même eu le courage de me lever et de me mettre en rempart contre ces gens. On va peut-être s’occuper des apoïdes sauvages, avant de s’occuper de la santé du frelon asiatique !

Quand vous dites que c’est une affaire contingentée à l’Aquitaine, je ne suis pas d’accord avec vous. On a des nids de frelon asiatique aux portes de Paris et qui ont été identifiés. Je vous le dis, il colonisera tout le pays très rapidement, et l’Europe par la suite. La France portera la responsabilité de ne pas avoir réagi, et d’avoir contaminé tout le continent. Enfin, je n’ai pas dit que c’était la totalité des problèmes de l’apiculture. C’est un des problèmes. C’est une espèce nouvelle chez nous. C’est pour cela que j’en ai fait un point important. Si je vous avais fait dix pages sur le varroa, vous m’auriez dit “on ne l’a pas attendu sur le varroa”. C’est pour cela que j’ai développé un peu le problème du frelon. Je pense que c’est un vrai problème d’invasion, et je pense qu’en plus on aura un accident : un problème de santé publique.

Par rapport à la réaction des services de l’État, ce n’est pas tout à fait par hasard que j’ai mis en avant le Préfet de Dordogne. Ce haut fonctionnaire est une personne courageuse. Envers et contre tous, il a appliqué d’autorité quelque chose qu’on ne lui demandait pas forcément. Je tire un coup de chapeau à ce Préfet de Dordogne, et j’assume mes propos.

Voilà, Président, j’espère avoir répondu à toutes les questions, je sais qu’il y en a encore, mais nous aurons l’occasion de nous revoir.

Henri CLÉMENT, Président de l’Union Nationale de l’Apiculture Française – UNAF

Tout à fait. Je crois que l’on peut vous applaudir, vous remercier. Vous avez devant vous une salle comble. Vous voyez qu’il y a encore de nombreuses questions que l’on souhaiterait vous poser jusqu’à ce soir.

Je crois que maintenant l’important, c’est que nous allons travailler ensemble pour que ces éléments se traduisent dans la réalité. Nous n’obtiendrons certainement pas tout, mais que nous avancions sur les points essentiels, et l’apiculture s’en portera mieux, dans l’intérêt des apiculteurs, de l’agriculture, et de nos concitoyens.

************************************************************************************************

Transcription de cette intervention :
réalisation « Syndicat d’Apiculture du Rhône »
www.rhone-apiculture.fr

Cliquer sur l’îcone ci-dessous pour télécharger le texte intégral de l’intervention de Mr Martial SADDIER :

PDF - 301.1 ko

Syndicat d’Apiculture du Rhône - 12 février 2009

Réalisé par Cuperteam