Syndicat d'Apiculture du Rhône et de la Région Lyonnaise

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Une colonie dans la cheminée

UNE COLONIE DANS LA CHEMINÉE

Généralités

Trente quatre ans d’expériences apicoles m’ont offert beaucoup d’occasions d’observer le comportement des abeilles. Cependant, j’avoue volontiers que je ne fais pas partie de ceux qui ont tout compris. Tant de fois, elles m’ont laissé dans la perplexité.
En voici un exemple : un phénomène apicole bien connu y compris au delà du milieu des pratiquants. Il s’agit d’essaims vagabonds qui ont une prédilection pour s’installer dans les anciennes cheminées à feu de bois désaffectées.
Durant ma vie d’apiculteur j’ai pu en effet recenser par moi-même de nombreuses cheminées ainsi occupées par les abeilles. Pour les déloger, j’ai été appelé « en consultation » à de nombreuses occasions, (dernièrement le 15 juin 2004), dans ma petite commune à Jarnioux dans le Rhône.
En effet, pour quelles raisons ces essaims favorisent-ils un tel choix ? Nous noterons au passage qu’il s’agit d’un endroit dans lequel souffle un courant d’air permanent et qui de plus, sent toujours le feu et la fumée, ce que dédaignent les abeilles en principe. Pour s’interroger sur ce paradoxe apparent, le mieux serait peut être d’interroger les abeilles elles mêmes et cela à l’aide d’expériences.

Dans la pratique

Ainsi depuis quelques années, dans mes deux petits ruchers je fais des expériences à ce sujet et parmi d’autres. Il s’agissait de créer des conditions, semblables à celles qui règnent dans les cheminées désaffectées, c’est à dire avoir de l’air en abondance et sentir le bois brûlé. Avec le matériel apicole classique, il est facile de créer de tels dispositifs.
En effet, il suffit de brûler à la flamme d’une lampe à souder les parois internes de la ruche jusqu’à la limite de les enflammer. De telles opérations sont d’ailleurs pratiquées régulièrement dans mon atelier, comme mesures de désinfection. Alors que l’abondance de la ventilation est obtenue par le fond de ruche, entièrement grillagé. Dans la pratique, j’utilise ces dispositions depuis 1985 pour contrôler la "varroatose".

Déjà quelques observations

Par ce système, il est possible d’obtenir de nombreuses indications significatives, concernant la situation du moment de la colonie. Évidemment, sur les plaques de contrôle laissées en place durant l’hiver, il est très facile de remarquer, par exemple, l’emplacement préféré qu’elle occupe à l’intérieur de la ruche. En effet, la position des retombées de déchets "ménagers" le démontre clairement. Elle s’installe quasi systématiquement près de l’entrée.
Pourtant cette partie de la ruche est bien plus froide que la partie se trouvant au fond. Serait-ce pour des raisons de ventilation, pour bénéficier d’une meilleure oxygénation au détriment des meilleures conditions thermiques ?
Au delà de la "varroatose", le système de grillage - plaque de contrôle permet aussi de faire bien d’autres observations dignes d’intérêt. Comme par exemple évaluer la force de la colonie, faire certains diagnostics sanitaires autres, voire la reprise et l’extension de l’élevage ...
A remarquer également un phénomène particulièrement important : dès le démarrage intensif de la ponte, vers la fin de la saison hivernale, la température interne de la ruche augmente considérablement, alors qu’à l’extérieur elle est encore très basse. Ainsi, une condensation d’eau très importante se produit jusqu’à tremper les déchets "ménagers" tombés sur la plaque de contrôle. Celle-ci doit être alors régulièrement nettoyée. Mais en hiver, à défaut du dispositif grille-plaque, dans une ruche classique, les ordures, comme les cadavres d’abeilles, d’ailleurs, s’accumulent carrément sur le fond. Or la présence de l’humidité sur ces déchets va provoquer une putréfaction, une fermentation. Il se produit alors le développement de toutes sortes de champignons et moisissures, véritable terreau pour le développement possible et probable de nombreuses infections. Dans ces conditions, les abeilles pataugent dans leurs propres déchets fermentés et respirent de près l’air pourri dégagé et cela durant de longues périodes. C’est seulement à l’arrivée des nuits tièdes, des journées chaudes, qu’elles entreprennent les travaux de nettoyage. En attendant, durant la période hivernale elles sont obligées de lutter contre l’envahissement de moisissures qui se répandent, y compris sur les cadres. Notons aussi que l’évacuation de ces ordures représente des efforts considérables vu leur quantité. En conséquence cela exige beaucoup d’énergie. Qui dit énergie, dit aussi nécessité de sources d’énergie, autrement dit de nourriture ! Le surplus de travail de nettoyage précipite naturellement leur vieillissement, d’où leur mort avant l’heure. Tous ces inconvénients mis bout à bout représentent beaucoup de handicaps, une masse considérable de contre-valeur. Ils sont inévitables sans le grillage intégral sous la ruche !

Dans une cheminée désaffectée

Rappelons-nous que les conditions sanitaires de la colonie installée en plein milieu d’une cheminée désaffectée ne sont pas comparables à la situation qui règne dans une ruche classique à fond fermée. Dans le premier cas les déchets ménagers tombent loin, c’est à dire au fond de la gaine et dans la suie, qui elle-même est en principe désinfectante ! Pas de fermentation et pas de champignons dans les cendres et les parois sont désinfectées par les feux d’autrefois. Pas de travaux de nettoyage et en conséquence pas de vieillissement prématuré ! Par conséquent, les conditions hygiéniques de la colonie dans une cheminée sont donc sans aucun doute nettement plus avantageuses que celles présentes dans une ruche classique. Et justement, sont-elles les véritables raisons pour lesquelles les essaims vagabonds préfèrent s’y installer ?
Si cette hypothèse se justifie alors cela signifie que les abeilles sont "conscientes" de leur choix. Leur comportement mérite sans doute l’attention de tous pratiquants soucieux de la santé de ses colonies. Cela signifie aussi que nos manuels apicoles et revues professionnelles ont tort de préconiser le calfeutrement à outrance de nos ruches. Faudrait-t-il entreprendre aussi une modification notable de la pratique apicole traditionnelle en tenant compte de ces observations ? En tout cas, mes expériences répétées ont tendance à démontrer le bien-fondé de cette hypothèse.

Nouveaux pas

A partir de ces observations, l’expérimentateur est incité à faire de nouveaux pas. Il s’agit de supprimer carrément le fond de ruche et de laisser le grillage intégral durant tout l’hiver !
Résultat : pas de proximité, ni de contact avec la "déchetterie" de la colonie donc pas de pourrissement, ni champignons ni moisissures ni travaux de nettoyage. Les déchets tombent directement par terre y compris les varroas d’ailleurs, à quelque 30 cm plus bas et "digérés" par la nature. Conséquences : les conditions sanitaires seront meilleures et il y aura moins de risques de maladies et pas de travaux de nettoyage pour la colonie...
Pour l’apiculteur, pas besoin de changer et de nettoyer le socle, ni d’enlever, ni de changer les cadres moisis, ni d’acheter des médicaments, ni de se fatiguer aux traitements, ni de prendre les risques d’empoisonnement pour soi même et pour des consommateurs par les médicaments utilisés...
Les résultats encourageant de mes premières expériences, m’ont incité à poursuivre mes observations à partir de nouvelles dispositions. Ces dernières sont toujours basées sur le système de « la ruche cheminée ». Les perfectionnements obtenus s’avèrent remarquables. Ils seront rapportés dans un autre écrit.

Quelques conclusions

Par la fréquence de l’installation des essaims vagabonds dans des cheminées désaffectées, les abeilles démontrent leur préférence. Les conditions qui règnent dans ces lieux ne sont donc nullement dédaignées par elles, bien au contraire. Par la même occasion elles démontrent aussi l’inexactitude de quelques unes de nos idées reçues, confirmées et amplifiées unanimement par nos manuels et publications apicoles. Ces convictions ne sont d’ailleurs pas démenties par les chercheurs spécialistes : On préconise toujours l’application d’une isolation thermique soignée, quelque fois jusqu’à la limite de l’étouffement. Ces idées reçues risquent de résister pour longtemps. En effet qui oserait « nager » en contre sens de tels courants d’idées universellement admis ?

Or, on se leurre facilement par l’idée, selon laquelle, les abeilles hivernées dans une ruche toutes faces bien calfeutrées sont dans de bonnes conditions. On se leurre aussi sur l’économie de nourriture qu’on est sensé réaliser par l’isolation à outrance de ses ruches. Les dépenses consacrées à l’achat de peu de nourritures supplémentaires à cause du fond grillagé sont hypothétiques du moins insignifiantes par rapport aux nombreux avantages, essentiellement sanitaires, réalisés par les dites « ruches cheminées ». Ces dernières sont en expériences depuis la troisième saison dans mes petits ruchers. Elles ont déjà livré un certain nombre de secrets et d’avantages remarquables. Faudrait-il les rapporter ?

Joseph BENCSIK
23, bd des Castors
69005 Lyon
Tel : 04 78 25 04 22
E-mail : joseph.bencsik@free.fr

BENCSIK Joseph - 2 février 2007

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